Près de deux mille ans après ses derniers combats de gladiateurs, le Colisée reste le plus grand amphithéâtre jamais construit — et une machine à spectacles dont l'ingéniosité rivalise avec nos stades modernes. Monte-charges à fauves, toile rétractable, évacuation en quinze minutes : bienvenue dans l'arène qui a fait vibrer Rome pendant plus de quatre siècles.
L'amphithéâtre Flavien
Vers 70 apr. J.-C., l'empereur Vespasien lance un chantier politique autant qu'architectural : sur l'emplacement du lac artificiel de la Domus Aurea de Néron, honnie des Romains, il fait bâtir un amphithéâtre offert au peuple. Son fils Titus l'inaugure en 80 par cent jours de jeux. Son vrai nom est « amphithéâtre Flavien », du nom de la dynastie ; « Colisée » viendra plus tard, probablement du colosse de Néron, statue géante qui se dressait à proximité.
Les dimensions donnent le vertige : une ellipse de 188 mètres sur 156, presque 50 mètres de haut, une façade de travertin à trois niveaux d'arcades superposant les ordres dorique, ionique et corinthien. C'est le plus grand amphithéâtre jamais construit par Rome.
Vespasien et Titus, les bâtisseurs flaviens
Le Colisée est l'œuvre d'une dynastie née du chaos. En 69, l'« année des quatre empereurs », Rome s'entre-déchire après le suicide de Néron ; c'est un général pragmatique d'origine modeste, Vespasien, qui rétablit l'ordre et fonde la dynastie flavienne. Fin politique, il rend au peuple le terrain que Néron avait confisqué pour son palais démesuré — et finance le chantier colossal grâce au butin de la prise de Jérusalem (70 apr. J.-C.), menée par son fils Titus. Vespasien meurt en 79 sans voir l'amphithéâtre achevé — non sans avoir lâché, selon Suétone, un dernier trait d'esprit : « Malheur ! Je crois que je deviens dieu. » Titus inaugure l'édifice l'année suivante ; son frère cadet Domitien le complète en creusant l'hypogée et en ajoutant le dernier niveau de gradins. Trois empereurs, un seul message : la Rome impériale rend au peuple ce que la tyrannie lui avait pris.
Une machine à spectacles
Le Colisée est une mécanique de précision. Sous l'arène de bois recouverte de sable se cache l'hypogée : deux niveaux de galeries, de cages et de monte-charges qui font surgir gladiateurs, décors et bêtes sauvages comme par magie. Au sommet, une flotte de marins manœuvre le velarium, immense toile qui ombrage les gradins.
Au programme : combats de gladiateurs (moins mortels que le cinéma le suggère — un gladiateur coûtait cher), chasses d'animaux exotiques (lions, éléphants, autruches…), exécutions et reconstitutions de batailles. Les naumachies, batailles navales sur arène inondée, ont peut-être eu lieu dans les premières années, avant la construction de l'hypogée — les historiens en débattent encore.
50 000 spectateurs, 80 entrées
Chaque spectateur reçoit un jeton indiquant porte, escalier et gradin : grâce à ses 80 arches d'entrée numérotées et à ses circulations rayonnantes — les vomitoria —, l'édifice se remplit et s'évacue en une quinzaine de minutes. Nos stades modernes n'ont rien inventé.
Des ruines éternelles
Les jeux de gladiateurs cessent au Ve siècle, les chasses au VIe. Ensuite, séismes (notamment en 1349, qui effondre le flanc sud) et récupération des pierres transforment le Colisée en carrière : ses blocs ont bâti des palais romains, et le fer de ses crampons a été arraché — d'où les milliers de trous qui criblent la façade. Consacré à la mémoire des martyrs chrétiens au XVIIIe siècle, restauré sans relâche depuis, il accueille aujourd'hui plus de sept millions de visiteurs par an et figure parmi les sept nouvelles merveilles du monde (2007).
FAQ — Questions fréquentes
Les blocs de travertin étaient assemblés par des crampons de fer scellés au plomb. Au Moyen Âge, ce métal précieux a été systématiquement arraché, laissant les milliers de cavités visibles sur la façade.
Non. Un gladiateur formé représentait un investissement considérable ; la plupart des combats s'arrêtaient à la reddition. Les condamnés à mort, en revanche, ne bénéficiaient d'aucune clémence.
Oui, les souterrains et l'arène reconstituée se visitent avec un billet « Full Experience » réservé à l'avance. La vue depuis le plancher de l'arène, à hauteur de gladiateur, vaut largement le supplément.
Une prophétie attribuée à Bède le Vénérable (VIIIe siècle) affirme : « Tant que le Colisée tiendra, Rome tiendra ; quand le Colisée tombera, Rome tombera — et avec elle le monde. » Une raison de plus de l'entretenir !