À l'entrée du port de New York, une femme de cuivre de 46 mètres brandit sa torche depuis 1886. « La Liberté éclairant le monde » est née française : imaginée par un sculpteur alsacien, charpentée par Gustave Eiffel, financée par souscription des deux côtés de l'Atlantique — puis expédiée en pièces détachées vers l'Amérique, dont elle est devenue le visage.
Une idée française
L'idée germe en 1865 chez le juriste Édouard de Laboulaye, admirateur de la démocratie américaine : offrir aux États-Unis, pour le centenaire de leur indépendance, un monument célébrant la liberté — et adressant, en creux, un message à la France du Second Empire. Le sculpteur colmarien Auguste Bartholdi, qui rêvait déjà d'un colosse pour l'entrée du canal de Suez, s'empare du projet : ce sera une femme drapée à l'antique, couronnée de sept rayons (les sept continents et océans), torche levée, tenant la tablette gravée du 4 juillet 1776, une chaîne brisée aux pieds.
Un défi d'ingénieur
Comment faire tenir debout, face aux vents de l'Atlantique, une géante de 46 mètres à la peau de cuivre de 2,4 millimètres d'épaisseur ? Après la mort de l'architecte Viollet-le-Duc, c'est Gustave Eiffel qui apporte la solution : un pylône central en fer auquel la peau de cuivre martelé est suspendue par un réseau de ressorts métalliques — la statue « flotte » sur sa charpente, libre de se dilater au soleil. Ce principe de structure porteuse indépendante de l'enveloppe annonce directement les gratte-ciel. Assemblée une première fois à Paris, où elle domina les toits en 1884, la statue est ensuite démontée en 350 pièces, embarquée dans 214 caisses sur la frégate Isère, et remontée sur le socle financé par les Américains — grâce à la campagne de presse du journal de Joseph Pulitzer. Inauguration le 28 octobre 1886, dans le brouillard et sous les canons.
Bartholdi, le sculpteur de colosses
Auguste Bartholdi (1834-1904), né à Colmar, voue sa vie au colossal. Marqué par un voyage en Égypte où il découvre les temples de Thèbes et le Sphinx, il ne pense plus qu'en dizaines de mètres : son Lion de Belfort, taillé dans le grès rose au pied de la citadelle, commémore la résistance de 1870-71 — l'annexion de son Alsace natale par la Prusse hantera toute son œuvre, et nourrit sa Liberté. Showman autant que sculpteur, il expose la main de la statue à Philadelphie et sa tête au Champ-de-Mars pour financer le chantier. Le visage de la Liberté ? La tradition y reconnaît sa mère, Charlotte. Bartholdi meurt en 1904, laissant à l'Amérique son icône — et à la France des répliques, dont celle de l'île aux Cygnes à Paris, qui regarde vers New York.
FAQ — Questions fréquentes
Sa peau est en cuivre : brune à l'origine, elle s'est couverte en vingt ans d'une patine vert-de-gris qui la protège de la corrosion. Un décapage fut envisagé en 1906 — le public s'y opposa, la patine était devenue son identité.
Oui, par un escalier de 354 marches, sur réservation longtemps à l'avance. L'accès à la torche, lui, est fermé au public depuis l'explosion de « Black Tom » en 1916, un sabotage allemand qui endommagea le bras.
De 1892 à 1954, l'île voisine fut la porte d'entrée de douze millions d'immigrants : la statue était leur premier contact avec l'Amérique. Le poème d'Emma Lazarus gravé sur le socle — « Donnez-moi vos masses fatiguées… » — a scellé ce sens.
Des centaines dans le monde, dont une douzaine en France : île aux Cygnes à Paris (11,5 m, offerte par les Américains), Colmar, ville natale de Bartholdi… et le musée d'Orsay conserve le modèle original en bronze.