Quatre cadrans dorés, une flèche néogothique, et un « bong » grave que le monde entier reconnaît : la tour-horloge de Westminster est à Londres ce que la Tour Eiffel est à Paris. Mais son vrai nom est Elizabeth Tower — Big Ben, c'est la cloche géante qui bat les heures dans son beffroi depuis 1859.
Née d'un incendie
Dans la nuit du 16 octobre 1834, le vieux palais de Westminster part en flammes. Pour reconstruire le siège du Parlement, le concours impose le style néogothique, jugé plus « anglais » que le classicisme : l'architecte Charles Barry remporte le projet, secondé par le génial Augustus Pugin, apôtre du gothique, qui dessine la tour de l'horloge — son dernier travail avant de sombrer dans la folie : « Je n'ai jamais rien dessiné d'aussi beau », écrira-t-il. Achevée en 1859, la tour dresse ses 96 mètres de pierre calcaire au bord de la Tamise, penchée aujourd'hui de quelques centimètres — conséquence d'un siècle et demi de chantiers souterrains, métro et parking compris.
L'horloge la plus fiable de son siècle
Le cahier des charges de 1846 exigeait l'impossible : une horloge monumentale précise à une seconde près sur le premier coup de chaque heure. L'horloger amateur Edmund Beckett Denison releva le défi en inventant un échappement à gravité à trois bras qui isole le mécanisme des vents pesant sur les aiguilles — une révolution copiée dans le monde entier. Le réglage fin, lui, tient du folklore : on pose ou retire de vieux pennies sur le balancier, chaque pièce modifiant la marche de deux cinquièmes de seconde par jour. Les quatre cadrans de 7 mètres, en fonte et verre opale, portent chacun une devise latine : « Domine salvam fac Reginam nostram Victoriam primam » — Seigneur, garde notre reine Victoria.
Big Ben, la cloche qui a donné son nom à tout
La grande cloche de 13,7 tonnes — baptisée Big Ben, probablement en l'honneur de Sir Benjamin Hall, commissaire aux Travaux à la stature imposante — connut des débuts calamiteux : une première cloche se fissura aux essais en 1857 ; la seconde, fondue à Whitechapel, se fissura à son tour en 1859. Plutôt que de tout refondre, on la fit pivoter d'un huitième de tour et on allégea le marteau : c'est cette fissure jamais réparée qui donne à Big Ben son timbre voilé si reconnaissable, diffusé chaque jour par la BBC depuis 1923 comme signal horaire de la nation. Silencieuse pendant la grande restauration de 2017-2022 — qui a rendu aux cadrans leur bleu de Prusse d'origine —, la voix de Londres sonne à nouveau, réglée au penny près. En 2012, pour le jubilé de diamant de la reine, la tour fut officiellement renommée Elizabeth Tower ; le monde entier continue, obstinément, de dire Big Ben.
FAQ — Questions fréquentes
La cloche. La tour s'appelle Elizabeth Tower depuis 2012 (auparavant simplement « Clock Tower »). Par métonymie, le nom de la cloche a fini par désigner la tour entière dans le langage courant.
Oui, mais uniquement via des visites guidées réservées longtemps à l'avance (334 marches, pas d'ascenseur), et historiquement réservées en priorité aux résidents britanniques via leur député. Le palais de Westminster, lui, se visite plus librement.
À cause de la fissure apparue en 1859 et jamais réparée : la cloche a été pivotée et frappée par un marteau plus léger. Ce timbre légèrement voilé est devenu sa signature sonore.
Oui, d'environ 46 centimètres au sommet (0,26 degré), en partie à cause des travaux souterrains du XXe siècle. L'inclinaison, surveillée en permanence, est sans danger — il faudrait des milliers d'années pour atteindre celle de Pise.