Un petit panneau de peuplier de 77 centimètres, une femme au sourire insaisissable, et cinq siècles de fascination ininterrompue : La Joconde n'est pas seulement un tableau, c'est le mythe absolu de la peinture occidentale. Derrière la vitre blindée de la salle des États du Louvre se cache une histoire faite de génie, de patience — et d'un vol rocambolesque qui a définitivement scellé sa légende.
Une commande florentine devenue mythe
Qui était le modèle ?
Vers 1503, Léonard de Vinci entame le portrait de Lisa Gherardini, épouse du marchand de soie florentin Francesco del Giocondo — d'où le nom italien La Gioconda, francisé en « Joconde ». Le tableau ne sera pourtant jamais livré au commanditaire : Léonard le conserve, le retravaille pendant des années et l'emporte avec lui en France lorsqu'il rejoint la cour de François Ier en 1516.
À la mort du maître en 1519, l'œuvre entre dans les collections royales françaises. Elle traverse les siècles entre Fontainebleau, Versailles et les appartements de Napoléon, avant de rejoindre le musée du Louvre, dont elle est aujourd'hui la star incontestée.
Pourquoi ce sourire fascine-t-il autant ?
Le secret tient en un mot : sfumato. Léonard superpose d'infimes glacis de peinture pour fondre les contours, si bien que les commissures des lèvres et le coin des yeux — les zones qui définissent une expression — restent volontairement flous. Résultat : le sourire semble apparaître et disparaître selon l'endroit où l'on pose le regard. Ajoutez un regard qui paraît suivre le spectateur dans la pièce, et vous obtenez un visage que le cerveau n'en finit jamais de déchiffrer.
Le vol qui a créé la légende
Célèbre chez les connaisseurs, La Joconde ne devient une icône planétaire qu'en 1911, lorsqu'un vitrier italien, Vincenzo Peruggia, la décroche tranquillement un lundi de fermeture et sort du Louvre avec le panneau sous sa blouse. Pendant deux ans, le monde entier suit l'affaire — on interroge même Picasso et Apollinaire ! Retrouvée à Florence en 1913, l'œuvre revient triomphalement à Paris, désormais gravée dans l'imaginaire collectif.
Léonard de Vinci, le génie universel
Peintre, ingénieur, anatomiste, botaniste, musicien : Léonard de Vinci (1452-1519) incarne à lui seul l'idéal de la Renaissance. Né hors mariage à Vinci, près de Florence, formé dans l'atelier de Verrocchio, il mène sa carrière entre Florence, Milan et Rome avant d'accepter l'invitation de François Ier au château du Clos Lucé, à Amboise, où il s'éteint. Perfectionniste chronique, il n'a laissé qu'une quinzaine de tableaux achevés — mais des milliers de pages de carnets remplis d'inventions, d'études anatomiques et d'observations qui avaient des siècles d'avance. La Joconde, qu'il a gardée près de lui jusqu'à sa mort en la retouchant sans cesse, est le condensé de toute sa science : optique, anatomie, géologie et poésie réunies sur 77 centimètres de peuplier.
La Joconde en chiffres
- 77 × 53 cm : un format étonnamment modeste, peint sur un panneau de peuplier.
- Salle des États : la plus grande salle du Louvre, aménagée spécialement pour elle.
- Vitre blindée et climatisée : le tableau vit dans un caisson à température et hygrométrie contrôlées.
- Environ 20 000 visiteurs par jour viennent la voir — souvent moins d'une minute chacun.
FAQ — Questions fréquentes
À la qualité exceptionnelle du sfumato de Léonard s'ajoute une histoire hors norme : collection royale française, vol rocambolesque de 1911, reproductions infinies. C'est l'accumulation qui a créé le mythe, plus qu'un seul facteur.
Les analyses scientifiques suggèrent que Léonard avait bien peint sourcils et cils, mais que ces détails très fins ont disparu au fil des siècles, victimes des nettoyages et restaurations successifs.
Oui, les photos sans flash sont autorisées. Attendez-vous cependant à une file d'attente dédiée dans la salle des États et à un passage assez rapide devant l'œuvre.
Le musée du Prado à Madrid conserve une copie d'atelier réalisée en parallèle de l'original, probablement par un élève de Léonard. Sa restauration en 2012 a révélé des couleurs éclatantes qui donnent une idée de la Joconde « neuve ».