Un corps de lion long de 73 mètres, une tête de pharaon haute de 20, taillés d'un bloc dans le calcaire du plateau de Gizeh il y a quatre mille cinq cents ans : le Grand Sphinx est la plus ancienne sculpture monumentale d'Égypte — et le plus vieux colosse encore debout au monde. Gardien des pyramides, il a passé l'essentiel de son existence enseveli jusqu'au cou dans le sable.
Un lion à tête de roi
Le Sphinx associe la force du lion, animal solaire, au visage du pharaon coiffé du némès, la coiffe rayée royale. La statue n'a pas été assemblée mais dégagée : les carriers ont creusé une fosse en U dans un affleurement calcaire, isolant un noyau de roche que les sculpteurs ont façonné sur place — les blocs extraits servant aux temples voisins. Les strates géologiques se lisent encore sur ses flancs : un calcaire dur pour la tête, plus tendre pour le corps, ce qui explique son érosion inégale.
La majorité des égyptologues l'attribuent au pharaon Khéphren (vers 2500 av. J.-C.), bâtisseur de la deuxième pyramide de Gizeh : le Sphinx veille exactement dans l'axe de sa chaussée funéraire, et son visage ressemble aux statues dioritiques du roi. Face au soleil levant, il incarnait probablement le pharaon uni au dieu solaire — les Égyptiens du Nouvel Empire l'adoreront sous le nom d'Horemakhet, « Horus dans l'horizon ».
Des millénaires sous le sable
Abandonné aux vents du désert, le Sphinx s'ensable dès l'Antiquité. Vers 1400 av. J.-C., le prince Thoutmosis s'endort à son ombre lors d'une chasse : le Sphinx lui apparaît en rêve et lui promet le trône s'il le désensable. Devenu Thoutmosis IV, il s'exécute et fait graver l'histoire sur la « stèle du rêve », toujours dressée entre les pattes du colosse. Le sable reviendra pourtant, encore et encore : les voyageurs du XIXe siècle ne voyaient qu'une tête émergeant des dunes. Il faut attendre 1925-1936 et les fouilles d'Émile Baraize pour que le corps entier soit définitivement dégagé — révélant aussi le temple du Sphinx, enfoui devant ses pattes.
Le mystère du nez
Non, ce ne sont pas les canons de Napoléon : les dessins du Danois Frederic Norden, publiés en 1755 — avant la campagne d'Égypte —, montrent déjà le Sphinx sans nez. L'historien arabe al-Maqrîzî attribue la mutilation à un iconoclaste soufi du XIVe siècle, furieux de voir les paysans faire des offrandes au colosse. La barbe postiche, elle, s'est détachée dès l'Antiquité : des fragments sont au British Museum et au musée du Caire. Quant aux légendes de salles secrètes sous ses pattes, les sondages géophysiques n'ont révélé que des fissures naturelles — le Sphinx garde ses mystères en surface.
FAQ — Questions fréquentes
Environ 4 500 ans (vers 2500 av. J.-C.) selon le consensus égyptologique, qui l'associe au règne de Khéphren. Les théories d'un Sphinx bien plus ancien, fondées sur l'érosion, ne sont pas retenues par la communauté scientifique.
Pas Napoléon : le nez manquait déjà au XVIIIe siècle. Les sources arabes désignent un iconoclaste du XIVe siècle, Muhammad Sa'im al-Dahr ; les traces d'outils confirment une mutilation volontaire.
Le site se visite avec le plateau de Gizeh, mais l'enclos du Sphinx est protégé : on l'admire depuis une terrasse en surplomb et le temple attenant. L'approche entre ses pattes est réservée à de rares occasions officielles.
Probablement : des traces de pigments rouges subsistent sur le visage, et des restes de bleu et de jaune sur le némès. Comme la plupart des statues égyptiennes, le colosse devait être entièrement polychrome.