Cinq mètres dix-sept de marbre blanc, six tonnes de tension contenue, un regard qui défie un géant invisible : le David est sans doute la sculpture la plus admirée au monde. Et pourtant, tout commence par un bloc de marbre raté, abandonné quarante ans dans une cour de Florence — jusqu'à ce qu'un jeune homme de 26 ans y voie ce que personne d'autre n'y voyait.
Le bloc que personne ne voulait
L'histoire du David commence par un rebut. En 1464, l'Œuvre du Dôme de Florence commande un gigantesque bloc de marbre de Carrare pour orner la cathédrale. Deux sculpteurs s'y cassent les dents : le bloc, entamé, trop étroit, jugé de piètre qualité, gît quarante ans dans la cour de l'atelier, surnommé « le Géant ». En 1501, un jeune sculpteur de 26 ans, déjà auteur de la Pietà de Saint-Pierre, relève le défi : Michel-Ange Buonarroti.
Trois ans durant, il taille directement dans la masse, sans modèle intermédiaire à taille réelle, travaillant à l'abri des regards derrière une palissade. En 1504, le Géant est devenu David : 5,17 mètres, environ six tonnes de marbre tendu comme un arc.
L'instant d'avant le combat
Contrairement aux David antérieurs de Donatello ou Verrocchio, qui montrent le berger triomphant sur la tête coupée de Goliath, Michel-Ange choisit l'instant d'avant : la fronde sur l'épaule, la pierre au creux de la main droite, le poids du corps sur la jambe droite en contrapposto, le regard fixé sur l'adversaire, sourcils froncés. Toute la violence du combat est contenue dans cette immobilité — c'est la naissance du héros pensant, emblème de l'homme de la Renaissance.
Des « défauts » très calculés
La tête et la main droite sont légèrement surdimensionnées. Erreur ? Non : la statue devait être vue de loin et d'en bas, depuis les contreforts de la cathédrale. Ces proportions corrigent la perspective — et donnent au David cette intensité si reconnaissable.
Michel-Ange, « il Divino »
Michelangelo Buonarroti (1475-1564) se considérait avant tout comme sculpteur — « je ne suis pas peintre », protestait-il en acceptant à contrecœur le plafond de la chapelle Sixtine. Formé à Florence dans l'orbite de Laurent de Médicis, il sculpte à 24 ans la Pietà de Saint-Pierre de Rome, qui le rend célèbre du jour au lendemain. Suivront le David, le Moïse, les Esclaves, la coupole de Saint-Pierre et le Jugement dernier : peu d'artistes ont dominé à ce point la sculpture, la peinture, l'architecture et la poésie. Colérique, rival de Léonard de Vinci — les deux hommes se sont ouvertement méprisés à Florence —, travailleur acharné jusqu'à sa mort à 88 ans, il fut surnommé de son vivant « il Divino », le divin. Pour lui, la sculpture consistait simplement à « libérer la figure prisonnière du marbre » — le David en reste la démonstration la plus éclatante.
Le symbole de Florence
Le résultat est si saisissant qu'une commission — où siègent Botticelli et Léonard de Vinci — décide de ne pas percher le colosse sur la cathédrale, mais de l'installer devant le Palazzo Vecchio, siège du gouvernement. Le petit berger qui terrasse le géant devient le manifeste de la République florentine, dressée face aux puissances qui la menacent.
En 1873, pour le protéger des intempéries, l'original rejoint la Galerie de l'Académie, sous une coupole construite pour lui. Une copie occupe depuis sa place historique sur la Piazza della Signoria, et une autre, en bronze, domine la ville au Piazzale Michelangelo.
FAQ — Questions fréquentes
La nudité héroïque vient de la statuaire antique que la Renaissance redécouvre avec passion : elle exprime la perfection morale par la perfection du corps, sans référence au récit biblique lui-même.
À la Galerie de l'Académie de Florence. Les statues de la Piazza della Signoria et du Piazzale Michelangelo sont des copies — magnifiques, mais des copies.
Environ trois ans, de septembre 1501 à l'installation en 1504. Le transport du colosse depuis l'atelier jusqu'à la place a nécessité quatre jours et quarante hommes.
Oui. Le marbre présente des microfissures, notamment aux chevilles, surveillées en permanence. En 1991, un déséquilibré a endommagé un orteil à coups de marteau — depuis, une barrière tient les visiteurs à distance.