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La Petite Danseuse de quatorze ans : le ballet au repos

Sculpture • Edgar Degas • 1881

La Petite Danseuse de quatorze ans

Photo : Edgar Degas — licence CC0, via Wikimedia Commons

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Comment la reconnaître

Jeune danseuse en position de repos, vêtue d’un tutu et coiffée d’un vrai ruban, avec les mains derrière le dos.

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Artiste

Edgar Degas

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Période

1881 (Impressionnisme)

📍

Où la voir

Musée d’Orsay, Paris, France

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Le saviez-vous ?

Lors de sa présentation, Degas lui ajouta de vrais cheveux, un tutu et un ruban, ce qui troubla fortement le public habitué aux sculptures classiques.

Avec sa silhouette fine, ses mains croisées derrière le dos et son visage concentré, La Petite Danseuse de quatorze ans semble attendre son prochain exercice. Présentée à Paris en 1881, cette sculpture d’Edgar Degas a surpris son époque en donnant à voir une jeune élève de l’Opéra avec une liberté de réalisme inhabituelle.

Une sculpture née dans l’univers du ballet

Edgar Degas s’intéresse aux danseuses pendant une grande partie de sa carrière. Il les observe dans les coulisses, les salles de répétition et les foyers de l’Opéra, loin des poses héroïques traditionnellement réservées aux sculptures. Ce qui l’attire est moins le spectacle lui-même que le travail quotidien des corps : l’attente, l’étirement, la fatigue et la discipline.

La sculpture est modelée en cire autour de 1880-1881. Degas la présente lors de la sixième exposition impressionniste, à Paris, en 1881. À cette occasion, le public découvre non seulement une figure en trois dimensions, mais aussi une œuvre qui emprunte des éléments bien réels au monde de la danse. Le modèle est vêtu d’un véritable tutu, coiffé de vrais cheveux et orné d’un ruban.

La version visible au musée d’Orsay est un bronze réalisé d’après l’original en cire, avec des éléments textiles et des cheveux. Comme d’autres sculptures de Degas, elle a été éditée en bronze après la mort de l’artiste. Son format, d’environ un mètre de hauteur, conserve l’échelle presque humaine qui renforçait l’impression de présence de la jeune danseuse.

Une posture simple, mais pleine de tension

La jeune fille se tient debout, les jambes légèrement écartées, le buste droit et les mains placées derrière le dos. Cette attitude paraît calme, pourtant elle suggère une situation précise : celle d’une élève qui se repose ou attend une consigne. Le corps n’est ni idéalisé ni théâtral. Il porte au contraire les signes d’un apprentissage exigeant.

La tête, légèrement relevée, accentue la verticalité de la figure. Le visage fermé et le regard dirigé vers l’avant donnent à la sculpture une présence réservée, presque distante. Degas ne cherche pas à fabriquer une image séduisante de la danseuse. Il montre un âge, une posture et une personnalité que le spectateur peut difficilement réduire à un simple rôle de ballerine.

Le tutu élargit la partie inférieure de la silhouette et contraste avec la finesse du torse et des bras. Ce vêtement réel introduit une matière souple dans un objet sculpté. Le ruban et les cheveux ajoutent eux aussi des détails concrets, tandis que le bronze restitue les volumes du corps, les plis et la tension de la pose. La sculpture joue ainsi entre illusion et artifice : elle ressemble à une personne, tout en affirmant pleinement sa nature d’œuvre d’art.

Une œuvre à la frontière entre sculpture et réalité

Dans la sculpture académique du XIXe siècle, les figures étaient souvent présentées dans des matériaux nobles et sous des formes idéalisées, inspirées de l’Antiquité. Degas prend une direction différente. Il choisit une adolescente identifiée au monde contemporain, une tenue de travail et une position ordinaire. Cette décision donne à l’œuvre une modernité particulière.

La cire permet à l’artiste de modeler directement la forme et de conserver une certaine souplesse dans les contours. Le bronze, utilisé pour les exemplaires réalisés ensuite, transforme cette recherche fragile en une matière durable. La surface conserve le souvenir du modelage, avec des irrégularités et des passages qui captent la lumière. L’œuvre ne repose donc pas seulement sur sa silhouette : elle se découvre aussi dans le détail de sa matière.

Ses dimensions, proches de la taille d’un enfant, renforcent le face-à-face avec le visiteur. On ne contemple pas une petite statuette éloignée du monde réel, mais une présence à hauteur de regard. Cette proximité rend l’expérience plus directe et explique en partie le malaise ressenti par certains contemporains.

Edgar Degas, peintre du mouvement et observateur des corps

Né à Paris en 1834, Edgar Degas est associé à l’impressionnisme, même s’il se distingue du groupe par son goût pour le dessin, la composition construite et l’observation attentive des figures. Il pratique la peinture, le dessin, la gravure et la sculpture. Son intérêt pour les danseuses devient particulièrement important à partir des années 1870.

Degas ne représente pas seulement le mouvement spectaculaire. Il s’intéresse aux instants intermédiaires : une danseuse qui ajuste son chausson, une autre qui se penche, une troisième qui attend dans les coulisses. Ses cadrages parfois décentrés et ses points de vue inattendus donnent l’impression d’une scène saisie sur le vif, tout en résultant d’une construction très réfléchie.

La sculpture lui permet d’examiner autrement l’équilibre, le poids et l’attitude. Il réalise plusieurs figures de danseuses, souvent en cire, et conserve une approche très expérimentale de ce médium. La Petite Danseuse de quatorze ans reste son œuvre sculptée la plus connue, mais elle appartient à un ensemble de recherches sur le corps en action ou au repos.

Le scandale de la présentation en 1881

Lorsque l’œuvre est exposée, l’ajout de vrais cheveux, d’un tutu et d’un ruban trouble fortement le public. Ces éléments concrets donnent à la figure une apparence presque vivante, mais ils sont aussi perçus comme peu convenables pour une sculpture. La jeune modèle ne correspond ni à une héroïne antique ni à une élégante idéalisée : elle évoque une apprentie danseuse de son temps.

Les critiques se partagent alors entre fascination et rejet. Certains reconnaissent la force de l’observation et la nouveauté de la démarche ; d’autres jugent la figure trop réaliste, voire dérangeante. Ce débat révèle les attentes de l’époque face à la sculpture : Degas oblige ses contemporains à se demander si une œuvre doit embellir le réel ou peut aussi en montrer la rudesse et la banalité.

Le modèle serait Marie van Goethem, une jeune élève de l’Opéra, mais l’œuvre dépasse rapidement son identité individuelle. Elle devient une réflexion sur l’adolescence, le travail du corps et le regard porté sur les jeunes danseuses. Aujourd’hui conservée au musée d’Orsay, elle continue de surprendre par son mélange de fragilité, de retenue et de présence.

FAQ — Questions fréquentes

Où peut-on voir La Petite Danseuse de quatorze ans ?

Elle est conservée au musée d’Orsay, à Paris, dans les collections consacrées à l’art de la seconde moitié du XIXe siècle.

Quand la sculpture a-t-elle été présentée au public ?

Degas l’a présentée en 1881, lors de la sixième exposition impressionniste organisée à Paris.

Pourquoi l’œuvre a-t-elle choqué les visiteurs ?

Elle associait une sculpture réaliste d’adolescente à de vrais cheveux, un tutu et un ruban, ce qui rompait avec les conventions de la sculpture classique.

La sculpture du musée est-elle l’originale en cire ?

Non. L’original était en cire ; l’exemplaire du musée d’Orsay est un bronze réalisé d’après cette œuvre, accompagné d’éléments textiles et de cheveux.

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