Retour à la galerie

Le Lion de Lucerne : un monument romantique de mémoire et de douleur

Sculpture • Bertel Thorvaldsen (conception), Lukas Ahorn (exécution) • 1819-1821

Lion de Lucerne, sculpture de Bertel Thorvaldsen (conception), Lukas Ahorn : Un lion mourant repose dans une niche rocheuse, au-dessus d’un…
Lion de Lucerne — sculpture de Bertel Thorvaldsen (conception), Lukas Ahorn (Romantisme, 1819-1821), Monument du Lion, Lucerne, Suisse

Photo : Godot13 — licence CC BY-SA 4.0, via Wikimedia Commons

Fiche de l'œuvre

ArtisteBertel Thorvaldsen (conception), Lukas Ahorn (exécution) (1770-1844)
Année1819-1821
MouvementRomantisme
TechniqueSculpture taillée dans une paroi de grès naturel
Dimensionsenviron 10 m de longueur et 6 m de hauteur
ConservationMonument du Lion, Lucerne, Suisse
TypeSculpture
📄

Fiche à imprimer

Télécharger la fiche PDF gratuite — idéale pour la classe.

🖼️

Comment la reconnaître

Un lion mourant repose dans une niche rocheuse, au-dessus d’un bouclier et de lances brisées.

🎨

Artiste

Bertel Thorvaldsen (conception), Lukas Ahorn (exécution)

🗓️

Période

1819-1821 (Romantisme)

📍

Où la voir

Monument du Lion, Lucerne, Suisse

💡

Le saviez-vous ?

La sculpture commémore les gardes suisses tués lors de la prise des Tuileries à Paris, le 10 août 1792.

Dans un parc de Lucerne, en Suisse, un lion blessé semble s’abandonner au sommeil dans une vaste paroi de grès. Taillé directement dans la roche, ce monument romantique commémore le sacrifice des gardes suisses morts lors de la prise des Tuileries, à Paris, le 10 août 1792. Sa force vient autant de son silence que de la précision de son récit sculpté.

Une œuvre née d’un épisode tragique de la Révolution française

Le Lion de Lucerne rend hommage aux soldats du régiment des gardes suisses qui défendirent le palais des Tuileries pendant la journée insurrectionnelle du 10 août 1792. Chargés de protéger la famille royale, ces militaires furent pris dans les combats opposant les défenseurs du palais aux insurgés parisiens. Plusieurs centaines d’entre eux furent tués, tandis que d’autres moururent après avoir été faits prisonniers.

L’idée du monument est généralement attribuée à Karl Pfyffer von Altishofen, un officier de la garde suisse qui se trouvait à Lucerne au moment des événements. Il lança une souscription afin d’élever un mémorial à ses compagnons disparus. Le sculpteur danois Bertel Thorvaldsen fournit la conception générale, puis le tailleur de pierre lucernois Lukas Ahorn réalisa l’œuvre entre 1819 et 1821. Le monument fut inauguré à Lucerne en 1821.

Son inscription latine, Helvetiorum fidei ac virtuti, signifie « À la fidélité et à la bravoure des Suisses ». Elle donne au monument une portée à la fois funéraire, patriotique et politique. Dans l’Europe du début du XIXe siècle, marquée par les bouleversements révolutionnaires et napoléoniens, le Lion de Lucerne transforme un épisode militaire en image durable du dévouement et du sacrifice.

Un lion blessé, entre puissance et abandon

La sculpture représente un lion couché dans une niche rocheuse, comme s’il venait de s’effondrer après un ultime combat. Une lance brisée est fichée dans son flanc. Ses yeux sont clos, sa tête repose lourdement, tandis que ses pattes protègent un bouclier orné des fleurs de lys de la monarchie française. À ses côtés apparaît un second bouclier portant la croix suisse. Les armes résument ainsi les deux dimensions de l’événement : le service de la couronne française et l’origine helvétique des soldats.

Le choix du lion est particulièrement expressif. Animal traditionnellement associé à la force, au courage et à la souveraineté, il n’est pas montré dans une posture triomphante. Son corps demeure puissant, mais sa position horizontale et la lance qui le transperce soulignent la défaite et la mort. Cette tension entre grandeur et vulnérabilité constitue le cœur émotionnel de l’œuvre.

Lukas Ahorn a sculpté le monument dans la paroi naturelle d’une ancienne carrière de grès. La niche mesure environ une dizaine de mètres de haut et le lion s’étend sur près de dix mètres de longueur, ce qui donne à la scène une présence monumentale sans la détacher de son environnement minéral. Les contours de la roche encadrent le corps et renforcent l’impression d’un tombeau naturel. La surface conserve une taille sobre, avec des volumes amples et des détails concentrés sur la tête, les pattes, les armes et les boucliers.

Le traitement relève du langage romantique : l’émotion naît d’une attitude, d’un paysage et d’un symbole plutôt que d’une narration compliquée. La lumière changeante de la niche accentue les ombres du pelage et les plis du corps. Selon l’heure, le lion paraît plus monumental, plus vulnérable ou presque absorbé par la pierre.

Thorvaldsen et Ahorn : concevoir puis tailler

Bertel Thorvaldsen est l’un des grands sculpteurs néoclassiques européens. Né à Copenhague en 1770, il séjourna une grande partie de sa carrière à Rome, où il étudia l’Antiquité et développa un style fondé sur la clarté des formes, l’équilibre des compositions et la noblesse des figures. Sa conception du Lion de Lucerne s’appuie sur cet héritage classique, mais elle l’oriente vers une expression plus sombre et plus sensible, caractéristique de la sensibilité romantique.

Thorvaldsen ne réalisa pas lui-même la taille dans la roche lucernoise. Le travail fut confié à Lukas Ahorn, artisan et sculpteur originaire de la région. Cette distinction entre le concepteur et l’exécutant était courante pour les monuments de grande taille. Ahorn dut adapter le projet à la paroi de grès, à ses irrégularités et à ses contraintes techniques. Le résultat est donc une collaboration entre une invention venue d’un grand atelier européen et un savoir-faire local étroitement lié au site.

Une image devenue emblématique de Lucerne

Le Lion de Lucerne est rapidement devenu un lieu de mémoire et une étape majeure pour les visiteurs de la ville. Sa célébrité tient notamment à son accessibilité : le monument ne se trouve pas dans un musée, mais dans un espace paysager où chacun peut l’observer directement, à quelques pas de la vie urbaine.

L’écrivain américain Mark Twain, qui visita la Suisse au XIXe siècle, décrivit le Lion de Lucerne comme le morceau de pierre le plus triste et le plus émouvant du monde. La formule a contribué à sa renommée, car elle résume l’effet produit par cette œuvre silencieuse : le spectateur comprend la scène avant même de connaître tous les détails historiques.

Le monument invite aussi à regarder les symboles avec attention. Le lion n’est pas seulement un animal mourant ; il représente un groupe de soldats et, plus largement, une fidélité poussée jusqu’au sacrifice. Les armes brisées interrompent toute idée de victoire, tandis que les boucliers maintiennent la mémoire des camps défendus. Cette simplicité explique pourquoi le monument continue de toucher un public très large.

FAQ — Questions fréquentes

Où se trouve le Lion de Lucerne ?

Il se trouve dans le Monument du Lion, à Lucerne, en Suisse, dans une ancienne carrière aménagée en parc.

Que commémore le Lion de Lucerne ?

Il commémore les gardes suisses tués lors de la prise des Tuileries à Paris, le 10 août 1792.

Qui a réalisé la sculpture ?

Bertel Thorvaldsen en a conçu le modèle, tandis que Lukas Ahorn a exécuté la taille dans la roche entre 1819 et 1821.

Pourquoi le lion tient-il un bouclier ?

Le bouclier rappelle la monarchie française défendue par les gardes suisses. Un second bouclier évoque leur origine helvétique.

🎨 Découvrir d'autres chefs-d'œuvre

Découvrez aussi