À l’entrée de l’ancienne nécropole thébaine, deux figures monumentales assises veillent depuis plus de trois millénaires sur la rive occidentale du Nil. Connues sous le nom de Colosses de Memnon, elles représentent en réalité le pharaon Amenhotep III et témoignent de l’ambition exceptionnelle de l’Égypte du Nouvel Empire.
Une œuvre conçue pour le temple d’un pharaon
Les colosses ont été sculptés vers 1350 av. J.-C., sous le règne d’Amenhotep III, l’un des souverains les plus puissants de la XVIIIe dynastie. Ils se dressaient devant le vaste temple funéraire que le roi avait fait construire sur la rive occidentale de Thèbes, l’actuelle Louxor. Ce sanctuaire était consacré au culte du pharaon après sa mort et devait assurer la continuité de son existence dans l’au-delà.
Le temple a été gravement endommagé au fil des siècles par les crues, les tremblements de terre et le remploi de ses pierres dans d’autres constructions. Les deux statues, placées à l’origine devant le premier pylône, sont toutefois restées en place. Elles formaient un seuil symbolique entre le monde des vivants, associé au soleil levant et au Nil, et la nécropole royale de la rive occidentale.
Le nom de Memnon vient de l’Antiquité grecque. Des voyageurs ont identifié le pharaon représenté à un héros légendaire, Memnon, roi d’Éthiopie et fils de l’Aurore dans les récits inspirés de la guerre de Troie. Cette assimilation, historiquement inexacte, a pourtant imposé le nom sous lequel les statues sont encore connues dans le monde entier.
Deux géants assis, une image de l’éternité
Chaque colosse montre Amenhotep III assis sur un trône, le corps droit et le regard tourné vers l’est, en direction du Nil. Le roi porte le némès, coiffe rayée réservée au pharaon, ainsi qu’une barbe postiche cérémonielle. Ses mains reposent sur ses genoux, dans une attitude immobile et parfaitement maîtrisée. La posture ne cherche pas à raconter une action : elle affirme la permanence du pouvoir royal.
Les statues mesurent environ 18 mètres de haut avec leur socle. Leur taille impressionnante devait dépasser celle des visiteurs et rendre visible l’autorité du souverain depuis les abords du temple. Malgré l’érosion, on distingue encore les grands volumes du visage, les plis stylisés de la coiffe et les contours du trône.
Les colosses ont été taillés dans un quartzite, une pierre très dure extraite loin de Thèbes, dans la région d’Héliopolis, près de l’actuel Caire. Le transport de blocs aussi imposants jusqu’à la capitale religieuse du Sud représentait un exploit technique et logistique. Les sculpteurs ont ensuite travaillé la surface avec des outils de pierre et de métal, avant de compléter certains détails et d’ajouter des inscriptions.
À côté des jambes du pharaon apparaissent des figures de taille réduite, notamment la reine Tiyi et la mère du souverain, Moutemouia. Leur présence ne constitue pas un simple décor familial : elle inscrit Amenhotep III dans une lignée légitime et associe les femmes de la famille royale à la stabilité du royaume. Les reliefs et les textes gravés sur le socle renforçaient encore cette fonction politique et religieuse.
Amenhotep III et les bâtisseurs anonymes
Amenhotep III a régné pendant une période de prospérité et de rayonnement international. Son règne a été marqué par une intense activité architecturale, de Thèbes à la Nubie, ainsi que par des relations diplomatiques avec les grands royaumes du Proche-Orient. Il se faisait représenter comme un souverain proche des dieux, associé notamment à Amon et aux forces solaires.
Les sculpteurs qui ont réalisé les colosses n’ont pas laissé de signature au sens moderne. Leur travail était celui d’ateliers placés sous l’autorité de l’administration royale et des prêtres. Plusieurs corps de métier ont dû intervenir : carriers, transporteurs, tailleurs de pierre, polisseurs, peintres et spécialistes des inscriptions. L’œuvre est donc collective, même si elle porte la volonté d’un commanditaire unique, le pharaon.
La maîtrise nécessaire pour équilibrer des figures aussi hautes, dégager les membres et conserver la solidité du quartzite révèle une connaissance approfondie de la pierre. Les artistes égyptiens privilégiaient une apparence stable et idéale plutôt qu’un portrait réaliste au sens contemporain. Le visage d’Amenhotep III est ainsi une image officielle, conçue pour durer au-delà de la vie humaine.
Le colosse qui aurait chanté
Dans l’Antiquité, le colosse nord était célèbre pour un phénomène sonore qui se produisait parfois au lever du soleil. Après un séisme survenu dans l’Antiquité, la statue aurait émis un son léger, décrit par les visiteurs grecs et romains comme un chant ou une vibration. Le phénomène a donné naissance à la légende de Memnon saluant sa mère, l’Aurore.
Les témoignages anciens ne sont pas tous identiques, et l’explication exacte reste discutée. On a souvent supposé que le réchauffement rapide de la pierre, après la fraîcheur de la nuit, provoquait des vibrations dans des fissures ou des cavités. Il s’agissait probablement d’un effet acoustique naturel, non d’une manifestation surnaturelle.
Le chant cessa après une restauration réalisée sous l’empereur romain Septime Sévère, au début du IIIe siècle de notre ère. Les blocs ajoutés et les réparations ont sans doute modifié les conditions qui permettaient au son de se produire. Aujourd’hui, les colosses ne chantent plus, mais leur silence rappelle les transformations successives d’un monument observé, interprété et restauré par de nombreuses civilisations.
FAQ — Questions fréquentes
Ils représentent le pharaon Amenhotep III, assis et tourné vers l’est. Le nom de Memnon est une appellation grecque apparue plusieurs siècles après leur construction.
Ils se trouvent à Louxor, sur la rive occidentale du Nil, dans l’ancienne nécropole thébaine, devant les vestiges du temple funéraire d’Amenhotep III.
Dans l’Antiquité, le colosse nord produisait parfois un son au lever du soleil. Ce phénomène acoustique, probablement lié au réchauffement de la pierre, a cessé après une restauration romaine.
Chaque statue atteint environ 18 mètres avec son socle. Cette dimension monumentale devait exprimer la puissance du pharaon et protéger symboliquement son temple funéraire.