Une bouche qui fonctionne comme une pompe
Le requin-baleine ne chasse pas chaque proie séparément. Il ouvre sa très grande bouche aplatie et fait entrer un volume d’eau chargé de plancton, d’œufs, de petits crustacés et parfois de petits poissons. Il peut avancer gueule ouverte : c’est la filtration par nage, ou filtration en mouvement. Il peut aussi aspirer activement l’eau en dilatant sa cavité buccale, notamment lorsqu’un banc de nourriture est concentré.
La bouche n’est donc pas une simple passoire fixe. Les mouvements de la mâchoire, de la langue et du plancher buccal créent un courant qui dirige l’eau vers l’arrière de la cavité buccale. Le requin-baleine peut ainsi exploiter une nappe de plancton sans poursuivre individuellement chaque organisme.
Le trajet de l’eau et des aliments
Après son entrée par la bouche, l’eau passe au fond de la cavité buccale et atteint les arcs branchiaux. Elle ressort ensuite par les nombreuses fentes branchiales situées sur les côtés de la tête. Comme chez les autres poissons, ces fentes servent d’abord à faire circuler l’eau sur les branchies, où l’oxygène dissous est capté.
Chez le requin-baleine, des structures spécialisées appelées coussinets filtrants se trouvent entre les arcs branchiaux. Elles forment un réseau de plaques et de passages étroits. L’eau peut poursuivre son chemin vers les branchies et sortir, tandis que les particules alimentaires suffisamment grandes sont retenues. Les mouvements de la gorge et de la bouche les conduisent ensuite vers l’œsophage.
Ce système n’est pas comparable à des fanons de baleine : le requin-baleine est un poisson, il respire avec des branchies et possède un dispositif filtrant différent. Les coussinets filtrants jouent toutefois un rôle fonctionnel analogue en séparant la nourriture de l’eau.
Pourquoi le plancton reste-t-il piégé ?
La filtration repose sur la taille, la forme et le parcours des particules. Les organismes et débris alimentaires sont dirigés contre les coussinets, dont la structure ralentit l’eau et augmente les chances de retenir la nourriture. Le requin-baleine avale ensuite ce qui s’est accumulé, tandis que l’eau filtrée est évacuée par les fentes branchiales.
Les détails précis de cette filtration sont encore étudiés. Des observations et des travaux anatomiques montrent que les coussinets ne se comportent pas comme un tamis rigide très simple : l’écoulement est complexe, et la capture peut combiner plusieurs effets hydrodynamiques. Il est donc plus exact de parler d’un système de filtration branchiale spécialisé que d’affirmer qu’une seule maille ou une seule rangée de peignes capture toutes les particules.
Une filtration adaptée à des proies variées
Le plancton n’est pas une nourriture unique, mais un ensemble d’organismes de tailles et de formes très diverses. Le requin-baleine consomme notamment du zooplancton, du krill, des larves, des œufs de poissons et de petits poissons. Les rassemblements saisonniers de nourriture, comme les concentrations d’œufs de poissons, peuvent attirer plusieurs individus.
Sa méthode présente un avantage évident : elle permet d’ingérer beaucoup de nourriture avec une dépense d’énergie moindre que la poursuite de proies dispersées. En revanche, elle ne signifie pas que chaque particule de l’eau est capturée. Une partie des organismes trop petits ou mal orientés peut traverser le dispositif et repartir avec l’eau.
Ce que cette technique ne signifie pas
La taille impressionnante du requin-baleine ne l’oblige pas à manger de grandes proies. Malgré ses dimensions, il peut vivre principalement de très petites ressources grâce à cette filtration. Cela ne veut pas dire qu’il est strictement limité au plancton : les petits poissons et d’autres animaux minuscules font aussi partie de son alimentation.
Il ne mord pas et ne broie pas sa nourriture comme un prédateur qui saisirait une proie volumineuse. Sa bouche peut sembler menaçante, mais son alimentation filtrée et son comportement généralement calme expliquent pourquoi il est considéré comme inoffensif pour l’être humain. Il faut néanmoins garder ses distances : un animal de plusieurs tonnes peut blesser involontairement par sa queue ou ses mouvements.
Questions fréquentes
Non. L’eau ressort principalement par les fentes branchiales après être passée sur les branchies. Les particules alimentaires retenues par les coussinets filtrants sont dirigées vers le tube digestif.
Non. Il consomme aussi du krill, des œufs et des larves, ainsi que de petits poissons. Le plancton constitue une part majeure de son alimentation, mais « exclusivement » est trop catégorique.
Non. Leur fonction première est la respiration : elles extraient l’oxygène de l’eau. Les structures situées près des arcs branchiaux participent en plus à la rétention des particules alimentaires.