Une couleur d’abord liée au matériau
Les murailles actuelles du Kremlin de Moscou ont été édifiées principalement entre la fin du XVe et le début du XVIe siècle, sous les grands princes puis les tsars de Moscou. Des architectes italiens, notamment Marco Ruffo, Pietro Antonio Solari et Aloisio da Milano, ont participé à leur conception, avec des bâtisseurs russes. Comme beaucoup de fortifications de cette époque, elles sont constituées de maçonnerie et de briques cuites, plutôt que de blocs de pierre uniformes.
La brique est fabriquée à partir d’une argile moulée puis cuite. Les argiles contiennent souvent des composés de fer : pendant la cuisson, ils s’oxydent et donnent à la terre cuite des teintes allant de l’orange au rouge brun. La couleur visible dépend aussi de la température de cuisson, de la composition exacte de l’argile, de la surface des briques et de l’état du mortier. Les murs ne sont donc pas rouges parce qu’un pigment symbolique aurait été ajouté à leur construction : leur teinte vient avant tout de leur matériau.
Pourquoi la couleur paraît-elle si uniforme ?
Une enceinte médiévale ne conserve pas nécessairement une couleur identique pendant cinq siècles. La pluie, le gel, la poussière, la suie et les réparations modifient l’aspect des briques. Les joints de mortier peuvent aussi s’éclaircir, tandis que certaines parties sont reprises ou remplacées. Les murs du Kremlin ont par ailleurs connu des opérations d’entretien, de restauration et de mise en peinture.
À certaines périodes, l’enceinte a été blanchie ou recouverte d’un enduit clair. Des représentations historiques montrent ainsi un Kremlin blanc, surtout à partir du XVIIIe siècle et encore au XIXe siècle. Cette pratique n’a pas changé la nature de la forteresse : elle a simplement masqué, temporairement ou localement, la brique rouge sous-jacente. La teinte rouge que l’on associe aujourd’hui au monument résulte donc à la fois de la construction en brique et des choix de restauration qui ont rendu cette matière visible.
Il faut rester prudent sur la date exacte à laquelle chaque mur ou chaque tour a retrouvé son apparence actuelle. Les surfaces ont été entretenues à plusieurs reprises, et la couleur observée aujourd’hui ne correspond pas forcément à celle de chaque époque. Les sources permettent d’affirmer l’existence de phases de blanchiment et de retour à une apparence rouge, mais elles ne justifient pas toujours une chronologie parfaitement uniforme pour toute l’enceinte.
Une couleur antérieure au communisme
Le rouge des murailles est parfois interprété comme un emblème soviétique. C’est une idée compréhensible, car le Kremlin est devenu après 1917 le centre du pouvoir soviétique et la couleur rouge occupait une place majeure dans ses symboles. Pourtant, les murs et les tours existaient depuis plusieurs siècles. Leur construction et leur couleur de brique sont donc antérieures de très loin à la révolution russe.
Le pouvoir soviétique a pu entretenir, restaurer et mettre en valeur cette image du Kremlin, mais il n’en est pas l’origine. Le rouge visible aujourd’hui ne doit pas être confondu avec le drapeau soviétique, les étoiles rouges installées sur certaines tours ou la symbolique politique du XXe siècle. Le monument a été associé à ces symboles plus tard, alors que sa teinte matérielle possède une histoire beaucoup plus ancienne.
Un choix architectural et militaire
La brique ne servait pas uniquement à donner une couleur aux murs. Elle permettait de construire une enceinte massive avec des éléments réguliers, adaptés aux techniques de fortification de la fin du Moyen Âge. Les murs du Kremlin combinent ainsi des courtines, des passages, des créneaux et des tours conçus pour la défense. Leur implantation sur la hauteur dominant la Moskova renforçait encore leur rôle stratégique.
La couleur rouge n’est toutefois pas une preuve que tous les Kremlin ou toutes les forteresses russes ont été bâtis de la même manière. Dans l’architecture russe, on trouve aussi des murs en pierre, des enduits peints et des briques de nuances différentes. Le Kremlin de Moscou est reconnaissable par l’association de ses murailles rouges, de ses vingt tours et de leurs toitures ou flèches, mais cet ensemble est le résultat d’une histoire locale, de matériaux disponibles et de restaurations successives.
Ce qu’il faut retenir
- La cause principale : les murailles sont largement faites de briques cuites, dont les oxydes de fer produisent une teinte rouge.
- Une apparence changeante : des badigeons blancs ont parfois recouvert les murs, avant que la brique rouge ne redevienne visible.
- Pas une origine soviétique : la construction de l’enceinte est antérieure de plusieurs siècles à la révolution de 1917.
- Une couleur entretenue : l’aspect actuel dépend aussi des restaurations et de la mise en valeur du monument.
Les murs sont donc rouges principalement pour une raison concrète et historique : ils sont bâtis en brique cuite. La politique soviétique a renforcé les associations symboliques du rouge, mais elle n’explique ni la construction de l’enceinte ni la couleur originelle de ses matériaux.
Questions fréquentes
Non. Certaines périodes montrent ou attestent des murailles blanchies, tandis que d’autres ont laissé la brique rouge apparente. L’aspect actuel est le résultat de la construction en brique et de restaurations successives.
Non, pas à l’origine : les murailles ont été construites plusieurs siècles avant 1917. Le pouvoir soviétique a ensuite associé le Kremlin à ses propres symboles rouges.
L’enceinte actuelle compte vingt tours. Elles ne sont pas toutes identiques : certaines servent de passages, d’autres de postes fortifiés ou d’éléments monumentaux.